Le « Power Trip » des agences de notation

Les agences de notation sont des entreprises qui attribuent une note correspondant aux perspectives de remboursement des engagements d’un pays ou d’une compagnie envers ses créanciers. C’est ainsi qu’elles renseignent, per exemple, les investisseurs sur les risques qu’ils courent en finançant la dette d’un gouvernement.

Pour n’importe quel pays, voir sa cote dévaluée par Moody’s ou Standard & Poor’s (les deux plus influentes agences de notation) est une mauvaise nouvelle. Cela signifie que ce pays devra majorer les taux d’intérêt de toute nouvelle émission des bons du trésor à défaut de quoi les investisseurs pourraient les bouder, les trouvant trop risqués. Car en affaires, le risque se paie.


Dettes nationales en pourcentage du produit intérieur brut


 
Les agences de notation se sont bien gardés de porter un jugement sévère sur le Japon, pourtant un des pays développés les plus endettés. Cette indulgence s’explique par le fait que 94% de la dette nipponne était détenue jusqu’ici par des Japonais eux-mêmes. Si les agences de notation s’étaient risquées à abaisser la cote du Japon, cela aurait eu une influence marginale sur le gouvernement de ce pays, qui peut compter sur le nationalisme économique de ses citoyens.

Or il est important, pour la crédibilité de ces agences, qu’une décote entraine automatiquement des frais de crédit plus élevés pour un État pointé du doigt comme manquant de rigueur dans sa gestion des finances publiques. Plus les conséquences sont foudroyantes, plus ces agences sont puissantes. Car en affaires comme en politique, il suffit qu’on vous croit puissant pour que vous le deveniez de ce fait.

Avec les événements tragiques qui ont frappé récemment le Japon, on peut s’attendre à la fin de cette indulgence puisque les emprunts que devra faire ce pays ne pourront être absorbés par l’épargne des Japonais (qui ont d’autres chats à fouetter).

D’autre part, lorsqu’un examine la dette des pays européens, on comprend mal la sévérité des agences de notation envers le Portugal et l’Espagne et leur indulgence à l’égard de l’Italie. Il est à noter que ces deux premiers pays sont présentement dirigés par des gouvernements socialistes alors que l’Italie est dirigée par un gouvernement de droite.

On pourrait justifier cette discrimination sur la nécessité de tenir compte du déficit budgétaire courant de ces gouvernements, effectivement plus élevé pour les pays de la péninsule ibérique. En réalité, celui-ci a une importance toute relative. Ce qui compte vraiment, c’est le déficit accumulé ; c’est lui qui détermine l’aptitude d’un pays à rembourser ses dettes. Le déficit budgétaire courant n’est qu’un indice parmi d’autres de la bonne gestion d’un gouvernement. Au pire, il dénote la tendance de l’évolution du déficit accumulé.

D’où l’idée de créer une agence européenne de notation, qui placerait l’Union européenne à l’abri des pressions de la Droite conservatrice américaine dont les agences de notations anglo-saxonnes font partie.

Références :
Agence de notation
L’indépendance des agences de notation financière en question

Le « Power Trip » des agences de notation
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