L’Avare au Monument-National

Dans le cadre du festival Juste pour rire, on présente cette année l’Avare de Molière jusqu’au 31 juillet 2010.

Cette production possède la particularité de n’être éclairée que par des bougies. Des centaines de bougies. Pour le spectateur, jamais cela n’est ressenti comme une lacune tant on a pris soin de tirer parti de ce choix artistique : mise en scène frontale, maquillage pâle (donc réfléchissant), etc. Par moments, des comédiens vont jusqu’à jouer étendus sur la scène, le visage près des chandelles, une audace que même Benjamin Lazar — dans sa production éblouissante du Bourgeois gentilhomme, disponible sur DVD zone 2 — n’avait osée.

L’unique décor de la pièce, est simple; un escalier monumental, une table servant aussi de porte, et des lustres. Au lieu des décors métalliques du Bourgeois gentilhomme, l’arrière-fond est noir et mat. En somme, rien qui puisse nous distraire du génie littéraire de Molière.

La mise en scène de Serge Postigo est irréprochable. Par exemple, dans cette pièce (comme dans beaucoup d’autres), souvent les personnages pensent tout haut en s’adressant à l’assistance. Au lieu de gommer cette convention théâtrale, Postigo la souligne par un artifice (que je ne dévoilerai pas) qui la transforme en running gag.

Les défauts? Il y en a deux. L’Avare, incarné par Luc Guérin est toujours drôle mais jamais attachant. Lorsqu’on lui vole sa cassette — qui renferme toute sa fortune — il s’agit d’une occasion unique de faire ressentir le côté pathétique de cet homme dépossédé de tout.

De plus, une scène qui mériterait plus de soin est celle où la marieuse tente de soutirer un peu d’argent à l’avare. À la représentation à laquelle j’ai assisté, cette scène manquait de contraste.

Mais tout cela ne compte que pour moins de 5% de la pièce. Le reste est du bonbon.

Je n’essaierai pas de dresser la liste des comédiens qui méritent mes éloges; ils sont trop nombreux. D’abord, je serais injuste de passer sous silence la performance magistrale de Luc Guérin (malgré mon reproche ci-dessus). De plus, j’avoue avoir grandement apprécié le jeu de Bruno Marcil (le fils de l’avare), probablement le meilleur Cléante que j’ai vu à ce jour.

À moins d’être sourd et aveugle, il est impossible de ne pas rire au cours de cette production inventive où tous les acteurs réussissent à nous faire oublier du début à la fin, nos tracas et nos petits soucis. Chaudement recommandé.

L’Avare au Monument-National
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