Impressions de Chine (6e partie) : Impérialisme appréhendé

Notre guide de Beijing

En boutade, notre guide de Beijing nous a déclaré que l’ambition de son pays est qu’au lieu de « Made in China », les produits chinois portent un jour la mention « Made by China ». La nuance, c’est qu’au lieu d’être des exécutants, les Chinois aspirent à développer de nouvelles technologies et devenir les meilleurs au Monde. Il nous a donné l’exemple d’un train à grande vitesse (TGV) en construction, conçu par des firmes chinoises, et qui deviendra le plus rapide au Monde, alors que le premier TGV en Chine était de technologie française.

Dans cet exemple-ci, la Chine suit l’exemple du Québec dont le premier métro était construit selon une technologie française que Bombardier exporte aujourd’hui à travers le Monde.

Pendant des siècles, la Chine fut la première puissance mondiale. Aujourd’hui, les États-Unis représentent environ vingt pourcent de l’économie mondiale : dans le cas de la Chine, ce fut déjà 25%, à l’époque où caravaniers et marins transportaient les épices, la soie et la porcelaine chinoises aux quatre coins du Monde. Durant toute cette époque, la Chine n’a jamais cherché à exporter son modèle hiérarchisé d’organisation sociale (Empereur, mandarins, fonctionnaires choisis par examens parmi les lettrés) mais s’est plutôt contenté de s’enrichir aux dépends de ses clients.

Pendant toute son histoire, la Chine n’a cherché à exporter son mode de gouvernement que sous le règne de Mao. C’est sous son règne que la Chine s’est emparée du Tibet et qu’elle a financé des révolutionnaires en Afrique et en Asie. Aux autres époques, lorsque le territoire chinois s’est agrandi, c’est lorsque des peuples voisins nomades (ex. : Mongols) ont fait la conquête de la Chine, et non l’inverse. C’est un euphémisme que de dire qu’à travers son Histoire, la Chine n’a pas été favorisée par les conflits armés dans lesquels elle était impliquée.

Aujourd’hui, lorsqu’on invite la Chine à faire pression sur les pays auprès desquels elle s’approvisionne (surtout en pétrole), les dirigeants chinois refusent en invoquant cette tradition millénaire de non-intervention dans les affaires intérieures des autres pays.

Ce refus irrite beaucoup de dirigeants occidentaux. Personnellement, il me rassure puisqu’il signifie que lorsque la Chine deviendra la première puissance économique (donc militaire) du Monde, elle pourrait bien se contenter de garnir ses coffres d’or sans chercher à imposer ses vues sur nous. Dans ce sens, rappelons que le déficit du Trésor américain est principalement financé par la Chine sans que les États-Unis se soient engagés à devenir communistes. Ceci étant dit, je ne vois pas comment la Chine, devenue première puissance mondiale, pourra éviter de jouer un rôle pacificateur lorsqu’un conflit menacera la stabilité de ses échanges commerciaux.

Pour terminer, je suis conscient qu’un bref séjour de trois semaines en Chine ne me confère pas d’autorité à prédire l’avenir de ce pays. Néanmoins, tout ce que je peux dire, c’est que je suis parti pour la Chine rempli de préjugés et que j’en suis revenu beaucoup plus rassuré qu’inquiet, face à l’avenir.

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